Récemment, nous évoquions le changement de nom de
Sergej, l’hebdomadaire
gratuit berlinois devenu Blu. Sous la mue se cache de
puissants enjeux stratégiques, le début d’une guerre pour le marché de la presse gay gratuite dans les grandes villes d’Allemagne et, surtout, à Berlin.
Il faut savoir que toutes les grandes villes allemandes disposent d’une scène gay et de gratuits mensuels de grand format. D’un côté, il y a les « gentils », le groupe Publigayte, sorte de syndicat d’entraide pour les journaux à caractère associatif (Siegessaüle à Berlin, Hinnerk à Hambourg, Exit dans la Ruhr, Rik à Cologne, Leo à Münich et Gab à Francfort), de l’autre il y a le méchant patron de presse Olaf Alp avec quasiment autant de titres qu’il a tous regroupés sous la bannière de Blu. D’une ville à l’autre, la partie magazine sera pareille, seuls différeront les agendas et les actus locales. A l’origine, le label Publigayte à Berlin devait échoir au magazine Sergej, mais Olaf a laissé tomber ses futurs petits camarades. Ceux-ci se sont alors immédiatement tournés vers le Siegessaüle.
Qui a peur d'Olaf Alp ?
Cette bipolarisation de la presse gratuite gay cache un autre enjeu : la prise du saint des saints, de la Jérusalem gay, de Berlin et de son dispensateur de la bonne parole, le Sieggesaüle. A l’origine, les gratuits gay à caractère associatif s’étaient tournés ver Sergej, de peur d’être dévorés par le grand frère Siegessaüle, que l’on admire, soit, mais que l’on craint. Olaf Alp a préféré changer de stratégie et lâcher l’alliance avec les associatifs. Finies les manœuvres d’encerclement ; avec son armada unifiée, il peut attaquer de front la vieille citadelle berlinoise en y prenant la place de magazine gay leader. Le vieux Siegessaüle ne manque d’ailleurs pas de mettre en avant sa position de « journal le plus lu » au sein de la communauté. Dans l’édito du n° d’août, Holger Wicht, son rédacteur en chef, s’en prend violemment à M. Alp et à son système, l’accusant de n’être qu’un marchand de soupe alors que lui fait du « vrai journalisme » et qu’il a la tradition pour lui …
Pétasse chic
Mais qui est le méchant, au bout du compte ? Difficile à dire. Au Journal de VoGay, nous sommes tous d’accord pour louer l’excellente qualité de l’agenda du Sieggesaüle, des goûts très sûrs de ceux qui le font. Toutefois, nous apprécions tous le ton plus frais, les interviews mieux amenées, le petit genre un peu pétasse chic du Blu. La mise en page est plus belle, un graphisme plus accrocheur et des sujets d’articles plus bandants, moins « communautariste parce que ça, aussi, il faut en parler même si ça n’intéresse pas grand monde ». Mauvais point pour Blu, il est imprimé sur un papier bon marché ce qui n’est pas le cas du Siege. Quoiqu’il en soit, nous ne manquerons pas de vous raconter la suite des aventures de M. Olaf Alp.
Frédéric Vallotton
Rédacteur en chef