A Berlin, ville qui, rappelons-le, a connu la chasse aux sorcières, le flicage nazi puis stasiesque et la honte de la
délation, on se raconte en ce moment le triste conte de Blanche-Mousse, une histoire de prévention et de bons sentiments dans un joli pays réputé pour sa propreté.
De Nollendorf à Schönhäuser, en passant par Mehringdamm, on ne se raconte plus que ça ! Il était une fois un soir de fête nationale, dans la capitale du
pays de Bœuf, un gentil canton francophone de Germanie con-fédérale. Et puisque c’était la fête, la communauté gay avait l’habitude de fêter la patrie par une joyeuse soirée mousse, soirée durant
laquelle il ne se passait ni plus, ni moins que durant toutes les autres soirées gay. Mais ce soir-là, il est arrivé quelque chose de terrible ! La gentille communauté toute prête à s’amuser
a été accueillie par une délégation de doctes gens se disant préoccupés par son bien et sa santé.
Faire taire la bonne humeur
En fait, il ne s’agissait que d’un subterfuge des forces obscures de l’ordre moral homophobe qui, sous prétexte d’une hausse des cas d’infection par le VIH,
avaient enfin trouvé le moyen de se mêler de la vie de la joyeuse communauté gay. Cette dernière leur semblait vivre de façon trop insouciante, rire trop fort et paraissait trop heureuse. Les
pauvres âmes, dit le conte, qui s’étaient ralliées aux forces obscures et les servaient, n’étaient encore que des petites filles et des petits garçons que l’on n’avait pas assez aimés. Par
jalousie, ils avaient alors décidé de faire taire toute cette bonne humeur dont ils se sentaient toujours exclu.
La
pomme empoisonnée
A l’occasion de ce soir de fête nationale, les forces obscures avaient longuement hésité à faire interdire tout simplement la mousse mais la gentille
communauté gay ne se serait pas laissé faire, on en aurait appelé à la liberté en général et à la liberté du commerce en particulier qui était sacrée en Germanie con-fédérale. Les forces obscures
ont alors trouvé quelque chose de plus perfide. Elles se sont rappelées de la façon dont Blanche-Neige avait été empoisonnée, comment la vieille femme lui avait si obligeamment offert une pomme
luisante, rouge, appétissante. Ici, il n’était pas question d’une pomme mais de quelques discours, du genre de ceux qu’un directeur d’école pas content accompagné de la maîtresse fait à une
classe qui se serait mal tenue. En soit, les discours n’étaient pas dénués de sens. Le conte poursuit en mettant l’accent sur l’humiliant de la situation. De quel droit s’autorise-t-on à
chapitrer des adultes durant leur temps libre, dans l’enceinte même d’un établissement à l’entrée duquel ils ont payé une entrée afin de s’amuser alors que la prévention peut se faire via la
presse écrite, la télé, des affiches – ah, oui, des affiches que l’on censure !
De Calvin à l’Iran
Le conte se termine en racontant de quelle façon, à partir de ce soir-là, les forces obscures se sont immiscées de plus en plus loin dans la vie de la
gentille communauté gay, s’inspirant de ce qui se fait dans la grande démocratie d’Iran avec sa police des mœurs qui mesure la longueur réglementaire du tchador et contrôle que les ongles ne sont
pas vernis. Les forces obscures se sont aussi inspirées de ce que faisait le théocrate Calvin qui envoyait chaque soir une milice équipée d’échelles afin de surveiller les chambres à coucher, que
tout se passe chrétiennement et par le bon trou. Si tout cela n’avait pas été un conte – personne n’a jamais entendu parler du canton de Bœuf ni de la Germanie con-fédérale – il y aurait eu
de quoi bouder le magnifique feu d’artifice que l’ambassade de Suisse offre chaque 1er août aux Berlinois.
Le Porcelet masqué
par journal de VoGay
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